Il peut arriver que la référente de l’enfant ou la directrice observe un retard du développement chez un enfant ou des signes d’alertes. Quels sont ces signes d’alerte ? Comment est-ce évoqué avec les parents ? Quel travail se met en place ?

Dorothée, psychomotricienne et chargée de mission handicap, répond à toutes ces questions au sein de cette interview.

Bonjour Dorothée, est-ce fréquent de détecter le handicap à la crèche ? 
Bonjour, je dirais « moitié / moitié » : 50% des situations de handicaps sont connus lors de l’inscription de l’enfant et 50% se révèlent au cours de l’accueil de l’enfant en crèche.


Comment cela s’observe ? 
Nous accueillons tous les enfants, ils arrivent le plus souvent tout bébé. Aussi, on va les voir grandir et évoluer. Un enfant ne grandit pas de manière continue, et grandit à son rythme. On va être attentif au développement de chaque enfant : est-ce que l’enfant nous suit du regard ? Est-ce qu’il réagit à son prénom ? Est-ce qu’il arrive à attraper des objets ? …On peut être amené à observer des différences qui nous questionnent et qui durent, les professionnel.les vont alors faire remonter leurs observations lors des réunions d’équipes. Dans ces réunions, nos experts (pédiatre, médecin, psychologue, infirmières…) sont parfois présents. Cela permet d’avoir des regards croisés. Dans tous les cas, on se donne du temps, on prend le temps d’observer, et de voir comment l’enfant évolue dans le temps.

Comment est-ce évoqué avec les parents ? 
Au sein des Petits Chaperons Rouges, nous accordons une importance capitale à créer une relation transparente et de proximité avec chaque famille. Lors des transmissions notamment, la référente raconte aux parents comment s’est déroulée la journée de leur enfant. On transmet uniquement nos observations. Si des observations qui nous questionnent sont partagées par l’équipe, après discussion en réunion d’équipe et observations dans le temps, on va être amené à partager cela avec les parents. Cela, afin, dans un premier temps, de leur demander s’ils ont, de leur côté, les mêmes observations : comment leur enfant mange, joue, dort, comment il communique, se calme, la façon dont il utilise ou non les jouets, comment il nous comprend… qui peuvent nous dérouter. Si le parent confirme avoir les mêmes observations, nous lui conseillons le plus souvent  de se rapprocher de son pédiatre.
Lorsque les parents n’ont pas la même perception des choses, on convient d’attendre 1 ou 2 mois et de se revoir. Dans tous les cas, nous restons présents pour répondre à leurs interrogations. Nous partageons également avec les parents tout ce qu’on a mis en place pour répondre aux besoins de leur enfant et comment celui-ci  a réagit à nos propositions. 
Il est très délicat d’évoquer des difficultés chez un tout petit. Les parents attendent de nous à ce qu’on partage ce regard, si nous avons des observations particulières. Nous nous devons cependant de partager cela avec beaucoup de précautions.
 

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Dans tous les cas, on prend le temps d’observer, et de voir comment l’enfant évolue dans le temps.

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Dorothée

Quels sont, pour toi, les bons réflexes à adopter ?
Il faut avant tout respecter le temps de cheminement de chacun : des équipes et des parents. Il faut prendre le temps d’observer et ne rien faire de manière précipitée. Il est essentiel également de créer cette alliance avec les parents et de nouer une relation de confiance, car sinon, on ne pourra pas cheminer ensemble. Cela demande une écoute mutuelle, un travail en équipe et cela prend parfois beaucoup de temps. Il faut penser ensemble cet accueil des parents et de l’enfant, et être présent pour les parents et pour les équipes.

Comment se crée cette relation de confiance ?
La relation de confiance se crée dès les premiers jours à la crèche avec la Directrice. Là, le socle se créé. Egalement, lors des transmissions, il est essentiel d’avoir confiance que ce qui concerne la vie de l’enfant à la crèche est transmis, et que rien ne soit caché. Cette relation se construit au quotidien. 
 

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Au sein des Petits Chaperons Rouges, nous accordons une importance capitale à créer une relation transparente et de proximité avec chaque famille. Cette alliance est essentielle.

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Dorothée

Comment sont accompagnées les équipes ? 
Les équipes peuvent avoir accès à une formation* sur l’accueil de l’enfant en situation de handicap en EAJE (Etablissement d'Accueil du Jeune Enfant). Elles sont également accompagnées par la Directrice, la psychologue de la crèche, ainsi que par les personnes ressources qui travaillent avec la crèche.
Elle peuvent aussi être accompagnées par les partenaires de soins extérieurs comme la PMI, le CAMSP (Centre d'action médico-sociale précoce), le CMPP (centres médico-psycho-pédagogiques) qui peuvent les conseiller.


Quelle peut être une autre difficulté rencontrée ?
Au moment de quitter la crèche. C’est compliqué de se dire au revoir. Il faut savoir se poser très tôt la question de : « et l’année prochaine ? ». Parfois l’enfant part à l’école ou, il va  rester une année supplémentaire en crèche parfois il a besoin d’une AESH (Aide Educative pour enfant en situation de handicap). Dans ce cas c’est aux parents de faire la demande, et il faut la faire très tôt. La crèche essaye donc d’en parler. Finalement, l’entrée et la sortie à la crèche se préparent car ce sont des changements importants. La crèche est le premier lieu d’apprentissage de la vie en collectivité. Tout au long de l’accueil de l’enfant, nous restons très présents auprès des parents, et chaque trimestre un point global est fait avec les parents, la directrice et moi-même. Ce partenariat est primordial.


*NDRL : programme de formation sur 2 jours créé avec l’association Une Souris Verte. 
 

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