Un nouveau départ vers plus d’égalité ?

En juillet 2021, le congé paternité est passé de 11 jours à 28 jours. Cette mesure qui s’insère dans une réflexion plus profonde sur l’accompagnement des 1000 premiers jours de l’enfant a été citée à maintes reprises comme une mesure favorisant l’égalité professionnelle mais aussi l’égalité au sein du foyer. Mesure très attendue puisqu’aujourd’hui encore la parentalité n’a pas le même impact sur les hommes que sur les femmes(1). On parle d’un bonus à la paternité et d’un frein à la maternité(2).


Congé maternité et freins à la carrière des femmes

Des freins à la carrière des femmes quand on est mère, il en existe plus d’un. 
Le premier d’entre eux et certainement le plus structurant est lié à la représentation sociale du genre et aux stéréotypes qui enferment les femmes dans ce qui touche à la maternité et au soin des autres, jusqu'à l'intériorisation de ces normes. En France, par exemple, les mères sont 1,4 fois plus susceptibles de se sentir coupables de ne pas être disponibles pour leurs enfants que les hommes(3). Par ailleurs, suivant une étude du Women Forum datant de mai 2021, 45 % des personnes interrogées étaient d’accord avec cette phrase « Vous ne pouvez pas tout avoir, si vous voulez être une bonne mère, vous devez accepter de sacrifier en partie votre carrière professionnelle » et 33 % avec celle-ci «Les femmes obtiennent moins de postes à responsabilité que les hommes parce qu’elles ne sont pas prêtes à faire les mêmes sacrifices.(4)».

Si les mères sont encore considérées comme étant moins aptes à pouvoir/vouloir réellement concilier vie professionnelle et vie personnelle, pour les pères, au contraire, l’impact de la paternité est plutôt positif, du moins en apparence. En effet, devenir père sous-tend encore inconsciemment le fait de devenir (plus) responsable. Ceci n’est cependant pas sans conséquence et nous y reviendrons dans un article dédié au congé paternité. 

Un deuxième frein à la carrière des femmes réside dans le fait que des femmes enceintes et des jeunes mères, y compris celles qui projettent de l’être, s’autocensurent par crainte de ne pas être à la hauteur le moment venu que ce soit au travail ou à la maison, … Concrètement, ces femmes refusent des promotions ou n’en demandent pas, réduisent leur temps de travail ou arrêtent de travailler en devenant mères ou en projetant de l’être.  

Néanmoins, ces propos sont cependant à nuancer pour ne pas tomber dans des raccourcis un peu simplistes.  Bien souvent concilier vie professionnelle et personnelle en tant que mère relèvera effectivement du parcours de la combattante… Mais selon moi, les raisons sont essentiellement liées à la charge mentale qui pèsera principalement sur leurs épaules au sein du foyer(5) et au fait qu’encore trop peu de politiques publiques mais aussi d’entreprises visent à sensibiliser les hommes à prendre leur juste place et leurs responsabilités aux côtés des mères sur ce grand chemin qu’est la parentalité !


Le congé paternité : un premier pas vers plus d’égalité

En ce sens, permettre aux pères de prendre leurs 28 jours de congé est un premier pas vers plus d’égalité. Pendant ces 28 jours ils pourront prendre leur place au sein d’une nouvelle structure familiale, acquérir des habitudes d’organisation mais aussi petit à petit faire connaissance avec leur enfant … En effet, s’occuper d’un enfant n’est pas une compétence innée !   Comme le disait Françoise Dolto : « On ne naît pas parent, on le devient ». Et comme pour tout apprentissage, il faut du temps, il faut être présent, il faut essayer, se tromper, recommencer… C’est d’ailleurs ce qu’ont fait seules (ou presque) des générations de femmes et de mères.  Pendant des décennies, les mères ont géré les enfants, non pas parce qu’elles étaient plus « capables » d’assumer ce rôle mais notamment parce qu’elles étaient à la maison pendant les premiers mois et que cette « disponibilité » avait tendance à s’installer dans la durée.

Allonger le congé mais surtout encourager les pères à le prendre dans son intégralité, voilà en effet une façon d’œuvrer pour plus d’égalité. Cependant, comme l’indique Hélène Périvier, "L'effet de cet allongement du congé paternité sera assez faible parce que le plus souvent, ce congé est pris en même temps que le congé maternité. L'exemple d'autres pays montre qu'il ne faut pas s'attendre à un miracle, même si cela reste un élément positif(6).

Si l’on veut réellement faire bouger les mentalités et les habitudes, un congé plus long serait utile et nécessaire pour les pères. L’idéal étant l’instauration d’un congé de même durée que celui des mères afin de réellement neutraliser les impacts de la parentalité. Pères et mères seraient alors confrontés aux mêmes réalités en entreprise et à la maison, chacun.e pourrait prendre ses responsabilités de manière partagée.  Par ailleurs, pour l’enfant, cette présence accrue des pères serait bénéfique pour renforcer leurs liens d’attachements, si importants pour leur développement. Si de nouvelles politiques publiques sont nécessaires pour avancer davantage vers une parentalité partagée, les entreprises peuvent aussi agir en faveur d’une parentalité égalitaire

La première mesure étant d’encourager les hommes à prendre l’intégralité de leurs congés. Pour ce faire, il est essentiel que ce message soit porté au plus haut niveau et incarné par la direction et le management.  Ces congés pourraient aussi être couverts à 100% par l’entreprise voire même être prolongés davantage.

Œuvrer pour l’égalité réelle passe aussi par la sensibilisation des équipes au sexisme et à la discrimination vis-à-vis des mères mais pas seulement. Comme le démontre le Rapport annuel 2020-2021 du HCE sur l’état du sexisme en France, « même si les agressions sexistes sont ici beaucoup moins marquées que pour la maternité́, la paternité́ constitue également une source de préjugés ».  Près de trois hommes sur dix déclarent avoir déjà entendu des propos stigmatisants à ce sujet (29 %), principalement sur le fait que le temps partiel n’était pas fait pour les hommes (19 %) et qu’il ne leur était pas utile de prendre leur congé paternité́ (16 %)(7).   

Œuvrer pour l’égalité signifie également prévoir un accompagnement personnalisé des départs en congés maternité/paternité tout comme des retours et de proposer aux salarié·e·s parents des services adaptés (place en crèche, groupe de parole, webinaire, mutuelle avantageuse pour les familles,…)

Le challenge d’une politique familiale favorisant l’égalité est finalement double. D’une part renforcer et autoriser les femmes à prendre leur place dans le monde professionnel sans culpabilité et sans jugement et d’autre part de renforcer et d’autoriser les hommes à prendre leur place dans la sphère personnelle/familiale.

 

Nadège Dazy
Consultante formatrice égalité Femme/Homme

 

 

(1)Hier encore, lorsque les pères avaient 11 jours de congé paternité, ils étaient 7/10 à le prendre. Les pères de 40 ans ou plus, les travailleurs indépendants ou ayant un emploi précaire ou, a fortiori, les pères sans emploi le prenant plus rarement pour des raisons essentiellement financières ou de pression de l’employeur.
(2)Pour 84% des femmes la maternité est un frein à leur carrière
(3)Charge mentale : le travail domestique des mères a doublé pendant la crise, selon le BCG
(4)Baromètre du Women Forum
 (5)Les femmes passent 15 heures de plus que les hommes par semaine aux  tâches domestiques.Soit l'équivalent d'un jour et demi de travail
 (6)Allongement du congé paternité : quel impact sur l’égalité hommes-femmes ?
(7)Rapport annuel 2020-2021 du Haut conseil à l’égalité sur l’état du sexisme en France

 

 

 

 

Télécharger notre guide QVT

Nos partenaires